Patrimoine immatériel

Taddart n Inzerki ,ⵜⴰⴷⴷⴰⵔⵜ ⵏ ⵉⵏⵥⵕⴽⵉ idpcm:767329

Le rucher d’inzerki : espace apicole collectif

Communauté concernée : les Habitants de village d’Inzerki et des villages voisins : d’Igounan, Msella, Mzint, Iguer, Argana

Le site abritant le rucher d’Inzerki est implanté à la lisière de la forêt, non loin de l’habitat, dans une zone marquée par l’abondance des fleurs et des plantes mellifères. : arganiers, lavandes et diverses sortes de thym.

D’un point de vue architectural, Le rucher d’Inzerki ou « Taddart » correspond à une structure constituée de cases superposées aménagées en compartiment « rrakb » et disposées en longues rangées organisées en terrasses  adossées au flanc de la montagne. Chaque compartiment est composé de 3 cases “tizghit” et au dessus et au dessous de chaque compartiment se trouve une case qui sert à la ventilation pour celle du bas, et à mettre les outils du travail pour celle en haut(5 cases en tout).   Le rucher est construit initialement par des matériaux locaux, notamment le bois de thuya, avant qu’il soit remplacé avec les restaurations successives par l’eucalyptus. Le rucher a été construit en étapes, verticalement et horizontalement. Il s’agrandissait probablement selon le besoin et en fonction de l’augmentation du nombre de familles d’Inzerki.

 Le rucher d’Inzerki « Taddart n Inzerki ,ⵜⴰⴷⴷⴰⵔⵜ ⵏ ⵉⵏⵥⵕⴽⵉ,  taddart ugrram» est un monument historique unique , considéré parmi les plus grands ruchers au monde, et peut contenir jusqu’à 1500 ruches et le site est le siège de connaissances apicoles ancestrales et s’inscrit dans le cadre de la pratique de la transhumance en apiculture traditionnelle dans le but d’accroitre la quantité du miel et d’améliorer la qualité du produit.

Chronologie

Date unique : XIX e siècle
Commentaire libre : Les indices fournis par la tradition orale et les archives écrites permettent de placer la mise en place du Rucher actuel d’Inzerki dans la première moitié du 19e siècle. Mais, l’usage de rucher collectif était répandu dans le sud du Maroc[Gatel,1871 : 84].

Caractéristiques de l'élément

Éléments matériels associés : - Le rucher d'inzerki est lié à un ensemble d'éléments matériels: Préparation de panier de forme cylindrique (ssellit) Il paraît dans les entretiens que effectués par Lahoucine BOUYAAKOUBI En novembre et décembre 2021 que la première étape importante dans ce long processus avant l’extraction du miel est la fabrication d’un panier de forme cylindrique appelé localement «ssellit». Il est fabriqué à partir de matériaux locaux notamment l’osier ou le roseau tressé et enduit de boue (11 morceaux). L’existence de cette plante nécessite de l’eau dans des rivières ou autour d’une source. Ils sont des plantes typiques de marais et de bord de fossés humides. Ce qui n’est pas toujours possible dans les conditions semi arides d’Inzerki. La disparition de cette plante entrainera bien évidement la perte d’un savoir faire lié à la fabrication de ces paniers. Pratiquement, les roseaux arrachés avant qu’ils soient secs sont traités de manière à ce qu’ils soient tressés et entrelacés donnant une forme cylindrique longue. Ceci nécessite des roseaux fins et maniables. Les deux extrémités sont fermées par un disque (couverture ronde) de bois, en gardant un petit trou pour l’entrée et la sortie des abeilles. Le panier est enduit (amsal) en entier de la bouse (tisbnit) des vaches et laissé sous le soleil pour sécher. La taille du panier varie selon le besoin, entre petit, moyen ou grand. La diminution de l’activité de l’élevage des vaches, entraine le manque de bouse de vaches, et fut remplacé par la boue. L’étape suivante consiste à nettoyer le panier. La propreté est une condition sin qua nun pour que l’essaim entre dans le panier. Ce dernier ne doit pas contenir l’odeur d’un chat, rat, serpent ou oiseau. L’apiculteur procède donc à enfumer le panier par des odeurs de plantes comme Laurier-rose (alili) ou les feuilles d’olivier, qui attirent les abeilles. Dans le village d’Inzerki, ce savoir est en voie de disparition et apparemment n’est plus transmis, y compris aux jeunes apiculteurs qui préfèrent acheter le panier dans le souk hebdomadaire, où seules quelques personnes âgées qui détiennent encore ce savoir, les vendent. Au souk le panier coûte jusqu’à 30 dhs. Parmi les phrases très significatives prononcées par Mohamed Chatoui et qui montrent que les métiers du miel sont très liés à l’environnement, je cite: « igh illa ugwlif, ar ittili ughanim » (Quand l’essaim existe, le roseau aussi existe). -Essaimage : Mettre l’essaim (agwlif) dans le panier (ssellit) Après que le panier (ssellit) soit séché, sous les coups des rayons de soleil, il sera utilisé comme piège pour capturer l’essaim (une colonie d’abeilles) qui s’est constitué autour d’une seule reine. Si jamais deux reines se trouvent au sein d’un seul essaim, une sera tuée. L’action d’essaimage se fait généralement pendant les mois de mars, avril et mai. Celui de mars, étant le premier, est appelé « amenzu », mais on ne peut l’avoir que pendant les années où il pleuvait et les abeilles sont bien nourris. Il s’agit d’une connaissance ancestrale qui permet de savoir que l’ancienne ruche est pleine d’abeilles et a besoin d’être partiellement évacuée. A partir de février, si la saison est bonne et la ruche est bien nourrie, elle manifeste des signes, connus par l’apiculteur, comme l’apparition des petits poignés où réside la reine appelés (ibuDn) ou (igldan), ou l’apparition d’une colonie d’abeilles (tama) à l’extrémité du panier. Cette colonie pourrait passer la nuit à l’extérieur, elle est donc expulsée et doit être capturée ou encore l’apparition de la couleur jaune sur le rayon. De même, d’après brahim Chatoui, l’apiculteur pendant la nuit pouvait entendre le roi de l’essaim (baba-s n tizzwa) pleurer. Il peine pour sortir. Le premier essaim est nommé « amghar ». Tous ces signes mènent l’apiculteur à surveiller la ruche pleine d’abeilles pour lui exposer son piège (ssellit) cylindrique. Il est ouvert d’un seul coté, pour capturer la colonie d’abeilles, qui sort avec sa reine. Cette sortie se fait uniquement entre 9 du matin et 14h d’après midi, dans un climat ensoleillé, calme et sans vent mais jamais pendant le froid. Cette sortie « ufugh) libère de l’espace dans la ruche-mère. Une action obligatoire qui permet aux abeilles de travailler librement dans leur ruche spacieuse et en même temps permet la multiplication des ruches. En un mois, une ruche peut donner deux à trois autres ruches, selon le taux de reproduction d’abeilles. Si l’apiculteur trouve deux essaims à taille petite, il peut également mettre les deux nouveaux essaims dans un seul panier. Cela demande une technique particulière pour éviter la guerre entre les deux essaims. L’apiculteur enfume le premier avant de lui injecter le deuxième Localement, et pour décrire cette action on utilise le verbe amazighe « ssufgh / faire sortir). L’expression « issufegh ugwlif » renvoie à l’action de faire sortir une partie de l’essaim. Devant l’absence d’un apiculteur qui veuille à capturer l’essaim au moment convenu, la colonie d’abeilles peut quitter la ruche et s’installer dans n’importe quel endroit : le toit de la maison, à coté de la première ruche, une grotte, sur un arbre, un trou ou encore dans une tombe en bois « tara », fabriquée spécialement pour accueillir les essaims sauvage…Il peut même s’éloigner jusqu’à 5 kilomètres et devient un essaim sauvage. L’apiculteur arrive à repérer l’endroit d’un essaim sauvage en suivant la direction d’une abeille qui vienne boire dans une source ou un point d’eau (généralement ils ne dépassent pas 5 à 7 abeilles) ou qui se nourrie sur une fleure à la recherche de nectar (tankwmast). Il peut également s’appuyer sur la trace « igir » que l’abeille laisse sur un rocher comme repère pour détecter l’endroit/direction où se trouve l’essaim. Il arrive aussi que l’apiculteur dépose un peu de sucre dans un endroit pour attirer les abeilles (des centaines) et les suivre ensuite pour trouver l’essaim. Ces gens, spécialistes des « essaims sauvages » s’appelaient « ingwmaren n tzzwa » (chasseur des essaims sauvages). Ils n’existent plus aujourd’hui. Il est à signaler que cette recherche d’essaim se fait essentiellement pendant le levé du soleil ou le coucher du soleil, car le ciel est claire et permet de suivre de loin la direction de l’abeille. Une fois trouvé, accroché à un arbre par exemple, le premier qui trouve l’essaim a le droit de laisser une trace qui, selon la coutume, lui donne à lui seul le droit de le capturer. Aucun n’a le droit de le toucher. Il revient pour exposer son piège (ssellit) préalablement préparé, secoue l’arbre et le capture. S’il est attaché à un autre objet ou dans un trou, il fait en sorte qu’il le pose dans le panier. Il le laisse quelques heures auprès de l’endroit premier pour qu’il s’habitue à son nouveau loge. Une fois habitué, il sera transporté et déposé dans le rucher. -L’Enruchage : Déposer le panier (ssellit ) dans la case ( tizghit) au sein du compartiment (rrakb) Après avoir capturé l’essaim selon la méthode précitée, il est transporté vers le rucher Taddart. Chaque famille, parmi les ayants droit, possède un certain nombre (2, 3 ou 4,…) de compartiment « rrakb », généralement de trois cases (tizghit) superposées. Chaque case peut contenir entre 2 et 4 ruches. Il s’agit la d’une période d’isolement qui laisse le temps aux abeilles de travailler tranquillement. Elles préparent les rayons qui contiendront le miel. Quand une colonie sort, pour environs une demi heure, pour se nourrir des fleurs, l’autre travaille à l’intérieur et vice versa. Chaque un a son rôle à jouer : la reine, les travailleuses, la défense). Mohamed Chatoui a décrit ce fonctionnement en faisant référence à l’Etat (Lmkhzen). Chacun doit faire son travail. La défense est le rôle d’une insecte parmi les abeilles s’appelle (agaynru) et son rôle consiste à défendre les abeilles contres un oiseau « frayfru » qui les mange. Il arrive à entrer sous les plumes des ails, déranger l’oiseau et l’empêcher de manger les abeilles. Pendant cette période l’apiculteur surveille ses ruches et voir si le rayon augmente et si l’essaim ne maigre pas par la diminution du nombre d’abeilles. Il est interdit d’ouvrir la ruche pendant la période d’ihiyyann (fin de llyali), pour lui garder la chaleur et éviter l’entrée du froid au sein de la ruche. La ruche a horreur du froid et de l’eau. A partir du mois de juillet, l’apiculteur peut procéder à la coupure des rayons de miel. - A partir du mois de juillet, l’apiculteur peut procéder à la récolte du miel. D’après Brahim Chatoui, cette action ne pourrait commencer avant le début de « l3nsrt », qui correspond au 7 juillet. Le terme « l3nsrt » renvoie à une période précise dans le calendrier agricole et dure 15 jours marqués par une hausse de la température. Le panier soigneusement déposé au rucher, et surveillé pendant quelques mois, parait plein de miel après un travail laborieux effectué par les abeilles. Il faut attendre à ce que le rayon soit un peu sec pour éviter l’écoulement du miel. L’apiculteur prépara les outils nécessaires : l’enfumoir (taswawwut), la bouse des vaches (tisbnit) pour l’enfumoir car, une fois brulée, elle résiste 2 à 3 heures, un réceptacle (tagdurt), un couteau (lmuss), demi -quarré, qui peut entrer dans le panier, un foulard pour se protéger la tête, des feuilles d’olivier ou jus d’oignon. L’apiculteur commence par bruler la bouse dans l’enfumoir, ouvre le panier, souffle sur les abeilles pour les éloigner, et ensuite couper des morceaux du rayon, le déposer dans le réceptacle et le cacher pour un tissu ou le fermer par sa couverture. Le rayon à couper se compose de trois parties : la plus grande, la première à l’entrée, porte le nom de « tama », suivie d’une deuxième moins grande appelée « amsDfr » (la suivante) et au fond du panier la plus petite nommée « amtalti » (la troisième). L’apiculteur veuille à bien couper le rayon et ne rien laisser attaché au panier. Ce qui pourrait attirer les abeilles du voisin, chose interdite par la coutume. La guerre entre deux essaims s’appelle Timngit. Et pour les empêcher, on peint avec le jus d’oignon la porte du panier, ou par tazgmmut (issu de l’huile d’argane). L’apiculteur laisse un morceau du rayon plein de miel à l’intérieur du panier pour la vie des abeilles qui poursuivront leur travail de nouveau pour remplir le panier. Il s’agit là de la méthode traditionnelle, avec des outils aussi traditionnels. La pratique a connu des changements, notamment en matière d’outils utilisés. Je les expliquerais dans les pages qui suivent.
Éléments immatériels associés : Il arrive quelques fois que la ruche refuse de chasser une partie de l’essaim. On dit localement (ihjjer) dont le sens est « il est bloqué ». A ce moment là, l’apiculteur procède à l’enfumer (bkhkher) par l’odeur du benjoin « ljawi ». Il n’est pas inutile de rappeler ici que la tradition marocaine fait recours à cette pratique pour guérir quelques maux de tête par exemple. La même pratique est également utilisée pour chasser les mauvais esprits « djnoun ». De ce fait, il se peut que l’apiculteur perçoive sa ruche comme un « être malade » qui a besoin d’une intervention pour le guérir ou comme un être qui a eu un coup de mauvaise œil. Il s’agit là d’une autre forme de symbiose entre l’Homme et l’abeille à Inzerki. la coupe du rayon de miel"imchd" acquiert une certaine sacralité. Avant d’y procéder, l’apiculteur doit être propre, habillé en djellaba blanche, faire ses ablutions, et commencer par invoquer Dieu en disant « bismi llah » (au nom de Dieu). Ce sont les mêmes pratiques que d’un musulman respecte avant d’aller à la prière (rencontrer Dieu). Le rucher : lieu sacré et protégé Le rucher d’Inzerki est placé dans un environnement plein de sacralité. Des arbres comme targant n tzurt, des saints comme sidi Mohamad Oulhoussain, sidi Abdellah Ou Said ou Sidi Lmoubarik, des cimetières, des pierres, des monticules…sont autant d’éléments et repères qui meublent l’espace et le rend plein de sacralité. « taddart ttawgdal » (le rucher est sacré) avance Ahmed Essouaf, interviewé né en 1963. La tradition orale et la mémoire collective garde encore des histoires qui prouvent que le rucher est sacré et protégé par des forces surnaturelles. Parmi ces histoires celle racontée sur un homme venue la nuit pour voler du miel. En se rapprochant de taddart, des serpents sortent de tout bord pour l’empêcher d’y accéder. Un autre, après avoir pris une ruche tournait autour du rucher toute la nuit sans pouvoir s’éloigner. Il la remet à sa place. Quiconque veut toucher une ruche qui ne lui appartient pas trouve un scorpion qui la garde. Les gens racontent aussi qu’une ruche a été volée. Les habitants du village, réunis sous l’arganier n tzurt, se posait la question qui pourrait faire ce fait. Tout d’un coup les abeilles sortaient du cou de l’un d’eux. C’était le voleur recherché. Le fait d’exiger les ablutions, s’habiller en djellaba propre et commencer par invoquer Dieu, avant de couper le rayon montre le rapport sacré qui existe entre l’Homme et la ruche. Le fait que l’abeille est citée dans le Coran dans une sourate qui porte le titre de « Annahl/abeilles » la rend davantage sacrée. Il y est écris que Dieu a révélé aux abeilles par ces mots (traduit de l’arabe) : « Prenez des demeures dans les montagnes, les arbres et les treillages que les hommes font. Puis mangez de toute espèce de fruits, et suivez les sentiers de votre seigneur, rendus faciles pour vous. Et dans un autre endroit il ajoute « De leur vente sort une liqueur, aux couleurs variés. Dans laquelle il y a une guérison pour les gens. Il y a vraiment là une preuve pour des gens qui réfléchissent » (Coran, 16, 68-69). Le côté mystérieux du rapport au ruches vient de la bouche d’un interviewé qui nous avoue qu’il n’a jamais réussi à avoir des ruches producteurs de miel. Apparemment, ce métier est aussi un don des forces surnaturelles, et pour lui il ne lui est pas donné : « ur iyyi iskhkher » avance-t-il.
Langue utilisée : L’amazighe marocain (Tachelhit)

Personnes et institutions associées

Praticien(s) | Interprète(s) : Les Hommes et les femmes de la tribu "village Inzerki"
Commentaires sur les participants : Rôle de la femme Il parait que l’apiculture est un métier réservé aux hommes, comme le métier d’argane qui est entièrement féminin. Mais, selon nos interviewés, ils existaient auparavant des femmes qui savaient comment capturer l’essaim (essaimage). Aujourd’hui ce savoir est perdu chez les femmes. En revanche, elle continue à aider l’homme au moment de la coupure du rayon. Elle prépare l’enfumoir et souffle sur les abeilles pour que l’homme coupe le rayon tranquillement. A la maison, c’est elle qui s’occupe de presser le rayon pour soustraire du miel.
Modes de transmission :

L’oralité et l’observation sont les deux moyens majeurs de transmission de tout le savoir faire lié à la production du miel. L’oralité en tant que moyen principal de communication et support de savoir et l’observation par laquelle les enfants apprennent indirectement le métier. Ces deux modes sont actuellement en danger.

Les mutations socioéconomiques que connaissent les sociétés impactent directement tous les savoirs, les connaissances et les techniques ancestrales des sociétés à dominance orale. Dans ce sens, le savoir faire lié à la production du miel au rucher d’Inzerki est menacé. Et ceux qui sont encore attachés à ce métier adoptent des nouvelles techniques dites modernes, et de ce fait des ruchers modernes apparaissent, pas loin du rucher historique d’Inzerki.

Organisations concernées : Association Taddart n Inzerki

État de l'élément : viabilité

Menaces pesant sur la pratique :

L'exode rural:

Dans tous les villages marocains, notamment dans les montagnes,  la migration ou plutôt l’exode rural est un phénomène général qui menace des zones entière d’être vides de ses populations. Les grandes villes marocaines et l’étranger attire de plus en plus les jeunes. Le village d’Inzerki ne déroge pas à cette règle et la ville d’Agadir s’impose comme la plus attractive. Elle ne s’éloigne que de 80 km. Le fils d’un apiculteur a quand même gardé ce métier tout en habitant Agadir, où il possède des ruches. Mais c’est un cas particulier. Les autres interviewés, ont tous signalé que leurs enfants n’apprennent plus ce métier. L’effort de créer des associations et des coopératives spécialisées dans ce domaine a comme objectif d’encourager les jeunes à se mettre à ce métier et de mettre en place d’autres mode de transmission de ce savoir ancestral, tout en profitant des avancées enregistrées mondialement dans ce domaine (séminaires, formations…).

 

Sécheresse :

Le métier de l’apiculteur fait parti d’un grand domaine à savoir l’agriculture et ce dernier est fortement lié aux changements climatiques. De ce fait, la sécheresse menace directement la transmission des pratiques et des savoirs faire liés à la production du miel. En même temps, elle pousse les gens à la migration. La sécheresse pousse même les essaims à quitter le village à la recherche de plantes. Ils peuvent même mourir de faim. Ce ci exige une stratégie d’irrigation qui permettra les conditions favorables pour  que les plantes fleurissent.  

Disparition des plantes :

Il est évident que pas de miel sans abeilles, et sans arbres, arbustes et plantes. La richesse de la végétation de cette zone marque la qualité du miel du rucher d’Inzerki. Cette richesse est menacé d’un côté par la sécheresse, mais de l’autre par le trafic de commerce illégal de quelques plantes comme le thym (tazuknnit), qui fleurissent pendant les mois de juin et juillet. D’autres plantes comme izrch et ajllabi sont aussi menacées. Les apiculteurs souffrent de la surexploitation de cette plante par des gens étrangers au village. Ce qui menace la production de l’un des miels les plus connus au niveau national du rucher d’Inzerki. L’absence de nourriture pour l’essaim le pousse à quitter le lieu ou même à mourir. Il est donc urgent de penser à une stratégie de plantation et de reboisement des plantes et des arbres. Il est même souhaitable à penser à introduire de nouvelles plantes non connues auparavant.

Menaces pesant sur la transmission :

Durant les entretiens effectuées par l'enquêteur qui a établi l'etude sur le rucher d'inzerki, Mr Lahoucine Bouyaakoubi,  il s'est avéré que  la transmission des savoirs liés à la production du miel à Inzerki est très ancestral et se transmettait oralement et par l’observation d’une génération à une autre. Le rapport au miel se présentait comme un mode de vie qui se transmettait dans toutes les sphères de la vie, et de ce fait, la famille s’impose comme la cellule principale où s’effectue cette transmission. Ce mode de vie est actuellement bouleversé à cause de plusieurs raisons, qui ont induit une rupture au niveau de la transmission.   

 

 

 

  1.  
Disponibilité des éléments matériels et des ressources associés : Disponibilité des éléments et des sources matérielles associées : oui - Matières premières : La construction du rucher s’est faite à partir des matériaux locaux (les branches du thuya, l’argile, les pierres,…).
Viabilité des éléments matériels et immatériels associés : les matériaux matériels ou immatériels existent encore, mais menacés. Pour les branches du thuya, l’argile et les pierres, ils sont encore dans la région et peuvent toujours être exploitables dans la restauration. Pour le côté immatériel, toute la connaissance est encore sauvegardée par une génération qui dépasse 40 ans, sa transmission n’est pas toujours garantie
Mesures de sauvegardes existantes :

compte tenu des menaces qui pésent sur la pratique de l'element immatériel "rucher d'inzerki" et sur les éléments matériels associés, des mesures de  sauvegarde et de protection  sont à prendre, nous les citerons comme suit :

-          Prendre en compte l’ensemble de l’écosystème et tout l’univers mythico-religieux dans toute initiative pour la restauration, valorisation et promotion du rucher d’InẒerki.

-          La question de l’eau est cruciale à InẒerki. La sécheresse menace tout l’écosystème et en son sein le rucher d’inẒerki. Il est donc urgent de creuser des puits, et penser à un système d’irrigation de la zone pour permettre les conditions de vie à la végétation, source de nourriture des abeilles.

-          Création de deux petits barrages pour profiter pleinement des eaux de la pluie qui se perdent actuellement. 

-          Il faut une stratégie de plantation des plantes menacées de disparition comme le thym.

-          Prendre en compte le savoir local et la connaissance ancestrale dans toute restauration du rucher

-          Utiliser les matériaux locaux, en harmonie avec l’écosystème et résistant aux aléas climatiques.

-          Créer un Centre de formation en matière du « métier du miel », qui veuille à transmettre le savoir local aux jeunes générations.

-          Garder le statut collectif du rucher, en respectant le droit coutumier et les traditions locales.

-          Penser à mettre en place des chaines de commercialisation avec un label « Taddart n InẒerki » reconnu légalement, à condition que cette commercialisation massive ne pousse pas à la fraude au niveau de l’alimentation des abeilles (utilisation du sucre).

-          Former des guides conférenciers, maitrisant l’histoire du rucher et les différentes étapes de la préparation du miel à InẒerki.

Créer « Le musée du miel », comme lieu d’attractivité territoriale et de vulgarisation de la connaissance sur le rucher d’InẒerki. 

État de conservation

État général de conservation : Moyen
Date de vérification : novembre et décembre 2021

Protection / Statut juridique

Type de protection : inscrit
Référence du text de protection : Arrêté du Ministre de la Culture de la Jeunesse et des Sports n° 2677-20
Date de protection : 2 novembre 2020
Commentaire libre : Comme tout monument historique, qui tire derrière lui une longue histoire, le rucher d’Inzerki a certainement connu des périodes de dégradation pour plusieurs raisons : les guerres tribales, la sécheresse, la négligence, la famine, les pandémies ou la pluie abondante. Nous ne possédons pas de données vérifiées qui confirme la destruction totale ou partielle du rucher et sa reconstruction même si Aziki a confirmé dans son livre que le caïd M’touggui a puni en 1913 la tribu Idaouziki par la destruction totale de ses institutions, ce qui laisse imaginer la destruction du rucher, vu sa place importante dans le système économique et social de la tribu. Les différentes pluies qui ont causé des inondations pourraient détruire quelques parties du rucher, même si le savoir autochtone a réservé des carneaux pour l’évacuation de l’eau sans faire atteinte au rucher. Il est de tradition dans les tribus que les gens se préparaient à l’arrivée des pluies et le rucher, entant qu’institution centrale dans la vie des gens d’Inzerki, était toujours au cœur de ces préparations et précautions. La date de 1962 marque un tournant dans l’histoire du rucher car il fut totalement détruit par des crues brutales de la pluie. L’ouvrage d’Abdollah Aziki a le mérite de documenter l’évolution chronologique des travaux de restauration faits pour le rucher. Il avance la date de 1969 comme début d’une préoccupation officielle. En 1971, le Centre d’investissement agricole de Taroudant intervient pour la restauration et en 1973 le même Centre effectua une étude sur le rucher. En 1986 quelques associations françaises, des membres de l’UNESCO et des Marocains interviennent également pour aider à la sauvegarde de taddart. Les crues des années 1990 et 1996 ont endommagé la taddart et stoppé son activité. En 2005 une initiative de restauration est lancée à l’aide de l’USAID. Ibrahim Chatoui (Déjà cité) reproche aux initiatives de restauration précédentes la négligence du savoir local, et le manque de maîtrise des techniques traditionnelles et surtout la perception des ancêtres au fonctionnement du rucher, notamment à titre d’exemple la technique d’évacuation de l’eau de la pluie. D’après Aziki, le rucher a été brulé dans le cadre des conflits intertribaux avant le protectorat français. Ce qui a entrainé des dégâts considérables. De même pour les fortes pluies des années 1990, elles ont largement endommagé le rucher. Sa reconstruction en 2005 a induit quelques changements, notamment au niveau de la superficie de chaque case au sein du compartiment. Elle est moins grande qu’avant. Ce qui a donné moins de panier (3 à 4 pour chaque case) au niveau de la totalité que le rucher pourrait contenir. Le chiffre 4000 avancé aujourd’hui, et écrits sur les paneaux de publicité est loin de la réalité et contesté par les locaux. En revanche un chiffre avoisinant 2500 ruches reste acceptable.