Patrimoine immatériel

Tanjia, bent-rmad idpcm:A5FA52

Tanjia

Communauté concernée : la Tanjia est un plat qui concerne en général les habitant de la ville de marrakech.

Synonyme d’hospitalité et de convivialité, de sociabilité et de partage, La tanjia est un plat culinaire typique de la ville de Marrakech. préparé par les hommes et pour les hommes et consommé en dehors du foyer. créant une forme de sociabilité entre eux. 

Un homme ne pourra être considéré Marrakechi que s’il détient le savoir-faire de la Tanjia.

 La tanjia est un plat de festivités et de célébrations . Il consiste à cuire la viande dans une jarre fermée portant au four du bain maure appelé fernachi. Il existe plusieurs types de tanjia la plus ancienne et la plus connue est la tanjia mkumna préparée à base de jarret de veau, cumin, safran, beurre rance, peau de citron confit, ail et eau. Les autres types de tanjia sont m’qumra, m’deghmra et chwa. La tanjia se distingue par sa saveur due à l'usage de condiments et d'épices caractérisés par un goût fort et prononcé. 

La préparation de la Tanjia est préalablement programmée, les hommes sont informés au moins une semaine à l’avance, et quand on invoque le partage, on parle de répartition de tâches. Chaque personne présente joue un rôle dans le théâtre culinaire du début à la fin. Le choix des acteurs ; généralement des artisans, du plat qui est la Tanjia, des ingrédients, de la manière de cuisson, des éléments qui accompagneront le plat principal, les ustensiles, les gestes, le temps, l’espace et même les sujets de discussions, font tous partie de la pièce. Et chacun doit jouer sa part pour que la pièce soit réussie. 

la consommation de la tanjia fait appel à l'usage des aspects sensoriels, à savoir, visuel à travers la couleur dorée obtenue par le safran, olfactif relatif à l’odeur du plat qui jaillit de la jarre avant la consommation , gustatif en utilisant diverses épices et autres condiments qui donnent un goût riche et savoureux au plat, et enfin tactile avec l’usage de la main pour manger et apprécier la texture de la Tanjia, ce qui joue un rôle très important lors de la consommation de l’aliment et qui signifie que la Tanjia n’est pas un plat consommé dans le but de se rassasier, mais toute cette expérience de préparation de cuisson et de consommation, est un moyen pour ces hommes de se faire plaisir et donner du sens à ce qu’ils incorporent. 

La présence féminine n’était pas appréciée traditionnellement en aucun aspect relatif à la Tanjia, que ça soit la préparation ou la consommation mais les appellations de la Tanjia en dialecte marocain ont une connotation féminine ; Bent Rmad, Tanjia, Qeloucha, Cheqfa. La jarre a une forme qui évoque la forme du corps féminin. Même en la transportant elle est traitée comme une femme vêtue de « Hayk » ; habit traditionnel destiné aux femmes en dehors de leur demeure, servant à recouvrir leur corps. 

bien que de nos jours la tanjia est consommée au sein du foyer dans les restaurants dans les cérémonies de mariage et est partagée entre homme et femme mais la préparation reste toujours le domaine des hommes.

Relations

Chronologie

Datation par période unique : début 17e siècle (1609 à 1614)
Source de datation : Source historique

Caractéristiques de l'élément

Éléments matériels associés : - La préparation de la tanjia se fait directement dans la jarre de cuisson appelée Tanjia "Qalloucha", "cheqfa", caractérisée par une forme ovoïde à deux anses et elle est vernie de l’intérieur pour éviter l’absorption du liquide. elle est servie dans un plat en terre cuite lors de la consommation est plus souvent un tajine - fernachi est le foyer du hammam et lieu de cuisson de la tanjia ou elle est placée dans les cendres que le maitre du fernachi extrait de "bab soussa" resultant du de bois et de sciure dédiée au chauffage d'eau du bain maure. - la viande plus spécifiquement le jarret de veau - les épices - "Louza"; endroit où la tanjia est placée dans les cendres lors de la cuisson.
Éléments immatériels associés : - événement festif lié à la consommation: Lawziaa: événement festif « Lewziaa’a » est une tradition ancestrale, qui consiste à sacrifier des bovins ou ovins la veille et sur le lieu même de la Nzaha. Ce rituel intervient la plupart du temps lors des Nzaha qui coïncident avec les fêtes religieuses telles que « Achoura », « El Mouloud » … Nzaha: sorties entre hommes, dans des espaces verts, qui sont synonymes de récréation, d’hospitalité, de convivialité et de partage. taqdirt: une pratique commune chez les jeune garçons à Marrakech durant la période de eid al adha, où ils saisissent l’occasion pour pratiquer les connaissances accumulées par l’observation de leurs pères, frères aînés, oncles, …etc. - expressions orales: Arts de spectacles avec un répertoire musical incluant la tanjia: - Melhoune: poésies qui anime les nzahas, la tanjia est inclue dans le répertoire du melhoune - Dakka: La Daqqa, littéralement traduit par “Frappe” est l'emblème de la ville rouge. C'est une musique masculine caractérisée par des percussions polyrythmiques et des chants chorales. Elle est l’élément essentiel de divertissement lors des Nzaha et surtout en présence de la Tanjia. - rituel et symbolique: L’homme qui s’occupera de la préparation « Nessab » doit être avant tout imprégné de spiritualité, en faisant un rituel d’ablution et citer quelques versets du coran pour que Dieu protège la Tanjia. La tanjia est lavée à l'eau chaude uniquement avant d’y mettre les ingrédients, le nessab se met dans une position assise et afin d’impliquer les plus jeunes, il leur demande de lui faire passer les ingrédients qui se trouvent devant lui. Les puretés corporelle et spirituelle sont ici nécessaires et le partage de ce plat vise à purifier les corps et les esprits de ses consommateurs. La Tanjia est également un symbole de neutralité en cas de conflit entre les hommes. Le transport de la Tanjia au « Fernatchi » doit être discret. Elle est mise dans un panier opaque pour que personne ne la voit - SAVOIRS FAIRES: plusieurs savoirs faires sont liés étroitement à la tanjia à savoir: - La préparation: tâche accomplie par la personne détenant le meilleurs savoir-faire du groupe ( désigné en tant que Nessab) et respectant le rituel de préparation afin que la tanjia soit pure lors de la consommation littéralement et symboliquement. - La cuisson: savoir faire détenu par le maître du fernachi. - La fabrication de jarre qui se fait à Tamslouht
Langue utilisée : l'arabe dialectale marocain est la langue utilisée dans toutes les formes de communication liée à la Tanjia
Origine perçue :

La Tanjia est un plat typique de la gastronomie de Marrakech qui représente l’identité culturelle et la fierté de la ville et de ses habitants, bien qu’elle soit consommée depuis longtemps dans d’autres villes marocaines à l’instar de Fès, Taroudant, Safi.

On ne dispose pas de documents pour prouver l’origine de ce plat, la plus ancienne mention remonte au XVIIe siècle où la ville a connu son apogée avec la dynastie Saadiènne.

Personnes et institutions associées

Praticien(s) | Interprète(s) : Nessab,artisans, Maitre fernachi, Potiers de Tamselouht, ,
Autres participants : restaurateurs, organisations
Commentaires sur les participants : - Nessab: titre donné à l'homme désigné par le groupe pour préparer la tanjia. choisi selon des critères ayant acquis le savoir-faire de la préparation de la tanjia - Maitre fernachi: personne chargé de cuisson consommateurs: artisans, population de tout age, touristes marocain et etranger potiers: artisans potier de tameslouht chargés de fabriquer des tanjia (en parle ici de la jarre) qui sont par la suite transporter et vendue à Marrakech
Modes de transmission :

La transmission des savoirs faire liés à la tanjia a été assurée entre pères et fils, bien que la cuisine soit la tâche des femmes, la Tanjia est la spécialité des hommes. 

Bien que les pères n’aient pas l’impression d’avoir cherché à transmettre et les fils n’aient pas l’impression d’avoir « reçu un enseignement » la transmission se fait simplement par l’observation.  

Les médias contribuent également de nos jours à la propagation du savoir faire de la tanjia dans le monde entier.

État de l'élément : viabilité

Menaces pesant sur la transmission :

Aucune; le savoir faire de la tanjia persiste toujours il est considéré comme une fierté parmi les jeune qui le détient.

Disponibilité des éléments matériels et des ressources associés : disponible
Viabilité des éléments matériels et immatériels associés : l'élément matériel et immatériels sont toujours viable. Sauf pour les proverbes et dictons rarement transmis auprès des jeunes d’aujourd’hui ainsi que le rituel propre à la préparation souvent ignoré parmi les restaurateurs et quelques jeunes de nos jours.
Mesures de sauvegardes existantes :

l'inventaire de ce patrimoine unique a été effectué par la direction du patrimoine le: 03 Janvier 2022

État de conservation

État général de conservation : Excellent
Condition qualité : en bonne condition
Date de vérification : 2019

Protection / Statut juridique

Type de protection : inventorié